Soirée Latitudes - Rencontre avec Alain Mabanckou

La langue jubilatoire de Mabanckou

À l’occasion d’un séjour en France, Alain Mabanckou sera l’invité du CRL pour une soirée Latitudes exceptionnelle consacrée à son dernier roman Verre Cassé.

L’histoire «très horrifique» du «Crédit a voyagé», un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l’un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d’en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d’éclopés fantastiques qui le fréquentent. Dans cette farce métaphysique où le sublime se mêle au grotesque, Alain Mabanckou nous donne à voir grâce à la langue rythmée et au talent d’ironiste qui le distinguent dans la jeune génération d’écrivains africains, loin des tableaux ethniques de circonstance, un portrait vivant et savoureux d’une autre réalité africaine.

Alain Mabanckou est né au Congo-Brazzaville en 1966. Il est actuellement professeur des littératures francophone et afro-américaine à l’Université du Michigan aux États-Unis. Il a obtenu le Grand Prix littéraire de l'Afrique noire en 1999. Il enseigne aujourd'hui les littératures francophone et afro-américaine à l'université du Michigan.

Le 19 mai à 20h30, à la Médiathèque François-Mitterrand d’Argentan.
Entrée libre. Renseignements au 02 33 67 02 50 (médiathèque)
ou au 02 31 15 36 36 (CRL).

Extrait de Verre Cassé (Le Seuil, 2005)
«disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m’a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l’histoire d’un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu’on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le patron parce qu’il prend tout au premier degré, et lorsqu’il m’avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c’était pour lui, pour lui tout seul, que personne d’autre ne le lirait, et alors, j’ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu’il ne voulait pas que Le Crédit a voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n’avaient pas le sens de la conservation de la mémoire, que l’époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire était finie, que l’heure était désormais à l’écrit parce que c’est ce qui reste, la parole c’est de la fumée noire, du pipi de chat sauvage, le patron du Crédit a voyagé n’aime pas les formules toutes faites du genre «en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle», et lorsqu’il entend ce cliché bien développé, il est plus que vexé et lance aussitôt «ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit», ainsi c’est un peu pour lui faire plaisir que je griffonne de temps à autre sans vraiment être sûr de ce que je raconte ici, je ne cache pas que je commence à y prendre goût depuis un certain temps».