Bande dessinée : le dynamisme
caennais
Plusieurs albums écrits
et/ou dessinés par des auteurs de la région témoignent
de la vivacité du genre à Caen. Tour d’horizon.
Don Quichotte dans
la Manche de Stéphane Douay
Le dessinateur Stéphane
Douay est né en 1970. Après diverses expériences
artistiques (spectacles de rue et de jonglerie), il trouve sa voie
dans le dessin et réalise affiches, publicités et
albums de bandes dessinées.
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Avec
cette très libre adaptation du Don Quichotte de Cervantes,
Stéphane Douay séduit en transposant à
notre époque le célèbre chevalier à
la triste figure dans le département de la Manche. Sur
la couverture de l'ouvrage, un lecteur de romans de chevalerie
qui se prend pour Don Quichotte parcourt sur une improbable
Rossinante la Basse-Normandie de La Bloutière à
Villedieu-les-Poêles en passant par Chérencé-le-Héron.
Dans cette épopée picaresque et loufoque, on déclame
des textes de Chrétien de Troyes, Sancho Panza est une
femme et les géants deviennent des pylônes électriques.
Tout un programme... |
CRL : Vous avez récemment
publié Don Quichotte dans la Manche dans la collection Intégra
des Éditions Vents d'Ouest. La petite histoire dit que le
scénariste Denis Leroux vous a poussé à vivre
en Normandie pour que vos dessins s'inspirent des paysages de la
Manche. Qu'en est-il ?
Stéphane Douay : En
réalité, Denis n'aura pas eu à me pousser bien
fort. J'habitais déjà en Normandie, à la frontière
de la Manche et du Calvados (à Bény-Bocage pour être
précis ) lors de notre première rencontre. Les paysages,
l'ambiance, les gens m'étaient suffisamment familiers pour
une retranscription crédible. Enfin j'espère.
CRL : La réussite de
l’album réside sans doute dans le fait de ne pas se
confronter à la somme que constitue Don Quichotte. À
l’inverse d’une adaptation fidèle, on s’amuse
du décalage entre la langue du XVIIeme siècle et la
réalité du bocage de la Manche aujourd’hui.
Avez-vous dès le départ opté pour ce ton comique
?
S. D. : La dimension comique
existe dans le roman du chevalier à la triste figure. La
dimension poétique aussi. Il s'agissait de respecter l'illustre
original en y ajoutant ce décalage, cette mise en abîme
qui crée la nouveauté. Ce choix narratif revient à
Denis. En ce qui me concerne, je ne pouvais qu'applaudir à
cette idée. Le fait de déplacer l'énergie que
représente le QuiXote en france, à notre époque
me semblais très judicieux. Denis et moi ne voyons pas le
roman de Cervantes sous le même angle. Lui s'intéresse
au dehors, à la forme, la structure, l'invention du nouveau
roman, moi, je crois en ce qui est caché dans l'oeuvre, au
dedans, à la force du «X» devenu invisible dans
«QuiXote». Nous ne nous sommes pas opposé, nous
avons été complémentaires. Reste que Don Quichotte
est un personnage archétypal, intemporel et sa folie toute
contemporaine.
CRL : Quels sont vos autres
projets pour l’avenir ?
S. D. : Je travaille actuellement
avec Hugues Fléchard et Irène Hafligër sur une
trilogie dont le genre est difficile à déterminer
et que je qualifie comme étant un conte cosmogonique (mais
peut-être que je me trompe) Le premier tome est prévu
pour 2006 chez Dupuis. Un autre projet avec Denis Leroux qui tourne
une fois de plus autour de la folie mais notre priorité reste
la suite du Quichotte (qui est déjà écrite.)
La balle est dans le camp de l'éditeur qui, pour des raisons
commerciales, à décidé de laisser Don Quichotte
dans les limbes.
Propos recueillis
par Jérôme Rémy.
Don Quichotte dans la
Manche, Stéphane Douay
et Denis Leroux, Vents d’Ouest.
Parabellum de
Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand
Les deux scénaristes
caennais Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand viennent de faire
paraître un remarquable album intitulé Parabellum
aux éditions Emmanuel Proust. Admirablement éclairé
par le dessin épuré et rigoureux d’Alain Paillou,
l’intrigue nous plonge au cœur d’une des périodes
les plus sombres de l’Histoire française au siècle
dernier. Parabellum s'ouvre sur la journée du 6
février 1934, date à laquelle Daladier présenta
à l'Assemblée nationale son nouveau gouvernement.
Au même moment, une manifestation organisée à
l'appel des mouvements politiques paramilitaires et de l'association
d'anciens combattants Les Croix-de-Feu du lieutenant-colonel de
La Roque dégénère. La police ouvre le feu et
on compte seize manifestants et un policier tués ainsi qu'un
millier de blessés. Immédiatement les députés
de gauche dénoncent une tentative de putsch fasciste
et appellent au rassemblement des forces de progrès. Deux
ans plus tard, le Front Populaire de Léon Blum triomphe aux
élections législatives de 1936. Interview avec Olivier
Legrand, un scénariste qui ne craint pas de se confronter
à la mémoire, à la politique et aux échos
qui résonnent encore dans notre société contemporaine.

CRL : On dit souvent que les choix d’écriture relèvent
d’une certaine urgence. En l’occurrence, qu’est-ce
qui vous a poussé à travailler sur la période
des années trente ?
Olivier Legrand : Pour moi,
cette période correspond surtout à l'avènement
des idéologies d'extrême droite en Europe : le nazisme
en Allemagne, le fascisme en Italie, le franquisme en Espagne...
mais aussi une certaine extrême droite typiquement française
- représentée, entre autres, par l'organisation clandestine
du CSAR, comité secret d'action révolutionnaire, plus
connue sous le nom de «la Cagoule» et qui sert de modèle
au complot évoqué dans Parabellum.
Sur le plan historique, je crois qu'on peut considérer la
période des années 30 comme la «genèse
de l'horreur», la période des causes, des premiers
symptômes et des signaux d'alerte ignorés - les «racines
du mal», en quelque sorte.
CRL : Les deux premières
pages de votre album se déroule le 6 février 1934
puis l’intrigue plonge directement en 1937 pour raconter la
frustration des royalistes de l'Action Françaises qui suscitent
le développement d'une association secrète anti-républicaine,
surnommée par la presse La Cagoule. Pourquoi ?
O. L. : Dans Parabellum,
le fait de montrer en préambule les émeutes de 34
permet de planter un décor, de poser un contexte historique
et politique de façon relativement dynamique, un peu comme
un pré-générique dans un film, sans infliger
un cours d'Histoire au lecteur. Dans une BD, on ne peut pas se permettre
d'intercaler des digressions ou de longs passages explicatifs ;
même dans une BD assez riche en texte, comme c'est le cas
ici, il faut avant tout montrer, représenter, faire parler
les images. Une petite précision, qui a son importance :
Parabellum
est une oeuvre de fiction, qui s'inspire de l'affaire de la Cagoule,
et ne doit pas être pris comme un compte-rendu historique
exact. Si certains faits et personnages se basent de façon
plus ou moins directe sur la réalité, aucun nom authentique
n'est utilisé - le nom de «Cagoule» n'est d'ailleurs
jamais mentionné, sauf dans une petite note de bas de page
qui établit une analogie entre la Cagoule et le groupe fictif
présenté dans le scénario. Cela dit, les deux
organisations partagent les mêmes motivations, la même
raison d'être. À l'origine, le CSAR était une
sorte de petite armée secrète destinée à
«protéger les biens» de certains patrons français
en cas d'insurrection communiste - mais assez vite, semble-t-il,
le groupuscule s'oriente vers l'idée d'un coup de force organisé
contre la République afin de «libérer la France
des Juifs et des Rouges». C'était une période
d'une incroyable violence, sur le plan politique. Ainsi, le jour
où Léon Blum présente son gouvernement à
la chambre des députés, l'un d'entre eux osa lui lancer
publiquement : «pour la première fois, ce vieux pays
gallo-romain va être gouverné par un Juif» et
de tels propos sont presque anodins comparés à ceux
que publiaient, à l'époque, certains journaux ouvertement
antisémites. C'est cette incroyable violence des mots que
les dialogues de Parabellum
essaient de restituer, à travers les propos de certains personnages.
CRL : Votre album ne relève
pas vraiment de ce qu’on appelle aujourd’hui un devoir
de mémoire mais a l’immense mérite d’instiller
de la conscience politique dans l’univers de la bande dessinée
que l’on considère souvent comme insouciant. Est-ce
important à vos yeux ou bien pensez-vous que vos prochains
scénarios iront vers plus de légèreté
?
O. L. : D'abord, je crois que
c'est un tort de considérer que la bande dessinée
est «politiquement insouciante» - tout dépend
de quelle bande dessinée on parle ! Pour ceux qui en douteraient,
je leur recommande la lecture de V
pour Vendetta, un des chefs
d'œuvre du génial Alan Moore... Pour en revenir à
Parabellum,
je crois qu'on peut le définir comme un polar politique et
psychologique. C'est un polar, car il s'agit avant tout du récit
d'une enquête, menée en eaux troubles, avec comme principal
protagoniste un flic du Quai des Orfèvres. La dimension politique
est présente à travers le thème du complot
d'extrême droite et, plus largement, de l'antisémitisme
ambiant. Mais je voulais aussi privilégier le côté
psychologique - du point de vue du héros, bien sûr,
mais aussi du point de vue des conspirateurs, en montrant les petits
enjeux de pouvoir, les luttes personnelles mesquines, plutôt
que de tomber dans le cliché de la société
secrète tentaculaire dirigée par des hommes sans visage
qui poussent des pièces sur un échiquier. Maintenant,
à propos du «devoir de mémoire», je crois
au contraire qu'il devrait s'étendre à cette période
des années 30 - justement parce qu'elle permet de mieux comprendre
ce qui s'est passé durant la guerre, que ce soit en Allemagne,
en France ou ailleurs. On revient à cette notion de genèse
de l'horreur. Pour mes prochains projets, eh bien, il est encore
un peu tôt pour en parler : j'ai de nombreuses idées
en réserve, que je compte bien essayer de concrétiser
en collaboration avec Jean-Blaise Djian : du polar, bien sûr,
mais aussi des choses très différentes, plus orientées
vers l'imaginaire... mais pas forcément plus «légères»
!
Propos recueillis
par Jérôme Rémy.
Parabellum, Alain Paillou, Olivier Legrand, Jean-Blaise Djian,
Emmanuel Proust Éditions, 2005.
Le
Mystérieux Docteur Tourmente
de Jean-Blaise Djian et Alfredo Sommer |
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Le
scénariste Jean-Blaise Djian qui vit à Courseulles
sur mer publie Le
mystérieux docteur Tourmente
sur des dessins d’Alfredo Sommer. Dans cet album dont
l’atmosphère n’est pas sans rappeler le
Club des cinq de notre enfance, Steph et Fanny se mettent
en danger à force de jouer aux énigmes criminelles.
Emmanuel Proust
Éditions. |
Captain Biceps
de Zep et Tébo

Le dessinateur caennais Tebo, alias, Olivier Thiébault, vient
de publier début 2005 un nouvel album en duo avec Zep, auteur
de Titeuf.
Ce Captain Biceps ravira les plus jeunes tandis que leurs parents
feront semblant d’être consternés par un irrésistible
humour scatologique avant de dévorer l’album en cachette.
Captain Biceps
ressemble à un «vrai» superhéros : tenue
moulante, musculature hypertrophiée. Il affronte sans états
d’âme de monstrueux méchants qu’il terrasse
en quelques secondes. Il n'a peur de personne, sauf de sa mère…
Olivier Thiébault a également fait paraître
avec un succès qui donne le vertige (41.000 exemplaires)
cinq tomes aux éditions Glénat de la série
Samson et Néon,
ainsi que l’album La bande à Fred aux éditions
Bayard.
Éditions Glénat, 2005.
Bureau des prolongations
de Simon Hureau
Si vous avez lu Palaces
le premier ouvrage de Simon Hureau, vous saurez que l’auteur
était en voyage au Cambodge. Ce que vous apprendrez avec
Bureau des prolongations
c’est que son voyage a duré bien plus longtemps que
prévu en raison des péripéties qu’il
nous narre ici en détails et à l’issue desquelles
il parviendra tout de même à rentrer en France. Si
en plus d’être un peu casse-cou, Simon est un peu distrait,
il faut dire aussi qu’il est tout autant inconscient, et que
curieusement, cela va lui sauver la mise... Simon, est donc contraint
de rester au Cambodge car il s’est fait volé ses papiers
avec toutes ses affaires, carnets de croquis et passeport compris.
Seulement au Cambodge, on ne refait pas des papiers si rapidement
que cela et, comme ailleurs, c’est tout un parcours, avec
l’exotisme et la poussière en plus ! Alors tant qu’à
rester contraint et forcé, autant continuer à visiter
du pays, c’est ce que s’est dit Simon Hureau et c’est
pour notre plus grand plaisir de lecteur.
Éditions Ego,Comme
X.
Mr Deeds. Livre 1
: Le Mystère de l’étoile
de Hugues Fléchard et Olivier
Cinna
Dans le Paris des années
20, une gamine solitaire, un horloger de génie et un escroc
sont attirés par un objet maudit. Cet objet va faire de ces
trois personnages le trio le plus extraordinaire de ce début
de XXème siècle... Or, quelqu’un convoite l’objet
et ses supers pouvoirs. Forces du mal contre forces du bien : qui
triomphera ? Hughes Fléchard, co-scénariste, habite
Caen et travaille dans l’audiovisuel. Olivier Cinna, dessinateur
et coloriste français, a décidé de vivre en
Belgique. Après des années à travailler sur
des story-boards,
il se lance dans son projet de BD fantastique. Avec son graphisme
élégant, il a su créer un univers et des personnages
attachants.
Emmanuel Proust Éditions,
2005.
Sheriffmuir, Le Chant
des terres de TieKo et Wallace
Tous les amoureux de l'Ecosse
apprécieront certainement Le
Chant des Terres, nouvelle
publication pour deux nouveaux auteurs chez l'éditeur suisse
Paquet. Sur un scénario de Wallace, TieKo (qui habite à
Courseulles-sur-Mer) dessine un album qui retrace assez fidèlement
des événements historiques de l'après Acte
d'Union qui unit Angleterre et Ecosse en 1707, au grand dam des
Jacobites, partisans de Jacques II d'abord et de son fils Jacques
III ensuite. Celui-ci fut publiquement proclamé Roi d'Ecosse
le 6 septembre 1715. Deux mois plus tard, le 13 novembre, la bataille
de Sheriffmuir oppose quelques 12.000 fervents défenseurs
de la fière Alba à des Anglais quatre fois inférieurs
en nombre. En piètre chef de guerre, le Comte de Mar leur
abandonnera la victoire malgré le soutien de clans tels que
MacGregor (dont le Rob Roy rendu célèbre par le grand
écran) ou MacKenzie. C'est ce dernier clan qui est suivi
de près tout au long de l'album avec le jeune Gordon en particulier.
Avec de la romance en plus et des détails glanés de
ci de là tant dans les Highlands que dans les livres d'Histoire,
Le Chant des terres est une assez bonne adaptation historique avec
en plus des dessins très soignés au niveau des décors
et une mise en couleur fort bien réalisée.
Paquet, 2002.
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