CERISY-LA-SALLE
La saison de colloques n’est pas finie !

Le Centre culturel de Cerisy-la-salle propose encore de nombreux rendez-vous autour de thèmes très divers : noblesses normandes, « corps  et encyclopédies », le Mont Saint-Michel… Découvrez le programme de septembre.

Du 1er au 8 septembre
« Histoires universelles et philosophies de l’histoire :
de l’origine du monde à la fin des temps »

Les récentes controverses sur la « fin de l’histoire » ou le « choc des civilisations » ont remis au goût du jour les vastes constructions intellectuelles qui prétendent expliquer la marche du monde et indiquer le sens de l’histoire. Les prophétismes apocalyptiques ont tendance à remplacer les grands récits progressistes qui avaient dominé la pensée occidentale depuis le XVIIIe siècle mais les uns comme les autres s’inscrivent dans des visions globales et concurrentes, des histoires universelles et des philosophies de l’histoire. L’instrumentalisation idéologique, voire militaire, de ces interprétations ne rend que plus urgente la réflexion à leur sujet.
Les débats entre spécialistes de tous horizons porteront autant sur les acteurs et facteurs de l’histoire universelle que sur les notions et concepts utilisés dans les récits que l’on a accoutumé de désigner par ce terme ; les philosophies de l’histoire seront interrogées comme genres discursifs et pratiques savantes en même temps que questionnées dans leur capacité à rendre compte de la marche du monde.


Du 1er au 8 septembre
« L’ailleurs depuis le romantisme 
(de Châteaubriand à Bonnefoy) »

La notion d’ « Ailleurs », opposée dans la langue à celle d’« Ici », subit à partir du romantisme une profonde mutation. Si du XVe au XVIIIe siècle la découverte des nouvelles « parties du monde » soutient les mythes prospectifs d’un Eldorado à conquérir (et où se régénérer), c’est sur un mode nostalgique que l’élan romantique privilégie la dimension rétrospective d’un retour à l’origine (l’Orient, c’est d’abord là où le soleil se lève, orior), renouant, même sans le savoir, avec le grand courant gnostique de la culture occidentale (qui fait de la vie terrestre une chute ontologique d’où s’évader pour rejoindre une origine divine). A contrario, les expériences de dessaisissement, suscitées par la curiosité empathique et le souci du dialogue, sauront convertir les désirs d’Ailleurs en reconnaissances d’altérité.
Le XXe siècle (en Occident) ne fait-il que confirmer ce dispositif — jusqu'au tourisme de masse —, ou parvient-il à en proposer la critique ? Et qu’en est-il (à partir de courants littéraires francophones) d’un Ailleurs inversé, pour lequel c'est l’Ici fui par les uns qui sert d’Ailleurs pour les autres ?
Aux points de vue littéraires (d’expression française et francophones, mais sans limitation de genres : poésie, roman, littérature de voyage, essais) se mêleront ceux des sciences humaines (philosophie, histoire, sociologie, ethnologie), afin que cette notion d’ « Ailleurs » (jusqu’ici atomisée en une pluralité des Ailleurs, voire confondue avec celle, polymorphe, d’Altérité) commence à trouver une structure et un contenu qui lui soient spécifiques.


Du 10 au 14 septembre
« Les noblesses normandes (fin XVe – XIXe siècles) »
Sous l’Ancien Régime, la noblesse normande est abondante et souvent populeuse, avec néanmoins de fortes disparités géographiques entre la Normandie occidentale et la Normandie orientale, mais aussi d’importants contrastes sociaux puisque les élites aristocratiques ne côtoient que rarement la plèbe nobiliaire, bien souvent mise à mal économiquement. De ce fait, on doit parler au pluriel des noblesses normandes, d’autant que les particularités régionales ou locales, économiques ou politiques, sont nombreuses durant les trois siècles qui précèdent la Révolution.
A l’intérieur de la Province, des pratiques divergentes coexistent, au moins pour les modes de transmission des patrimoines et pour la reproduction des lignages, et elles entraînent des conséquences sur les pratiques matrimoniales et familiales, destinées à pérenniser les lignages. L’étude des droits et des privilèges nobiliaires, de la représentation de l’ordre, des fonctions occupées — en assemblée, au village, ou en ville — offrent de passionnantes clés de lecture pour comprendre la diversité des positions et des activités des noblesses normandes.
Au cours de ces journées d’études, la confrontation des recherches historiques permettra de montrer cette variété de situations dans les groupes nobiliaires (effectifs, implantations géographiques, densités…) et l'on traitera des questions juridiques car la Normandie se distingue par sa coutume qui influence les genres de vies.  


Du 10 au 15 septembre
« Corps et encyclopédies »
En tant que la notion de corps est objet d’étude, lieu d’un savoir médical, physique, philosophique, il est opportun d'examiner, dans leur évolution, de l’homme astronomique à l’imagerie médicale actuelle, en passant par les planches anatomiques « artistes » en même temps que scientifiques des XVIIe et XVIIIe siècles, les modalités de sa représentation et l’imaginaire qu'elle recouvre. Le corps des discours médicaux, le corps des dictionnaires et des encyclopédies sont les porteurs et les marques de ces évolutions.
Par ailleurs, le corps est lui-même objet métaphorique qui peut constituer et organiser un discours. Le corpus philosophique, le corps de l’Église ou le corps politiques en sont d'évidents exemples. Et, dès lors que le corps est lui-même un élément constituant du savoir, c’est non seulement le discours qu’il structure et véhicule qu’il faut analyser, mais la représentation même du corps qui est implicitement à l’œuvre.
Des philosophes, des historiens des sciences et de la pensée politique, des spécialistes de l’anthropologie, des médiévistes et des modernistes se retrouveront au cours de ces journées pour échanger et contribuer à constituer, dans l’interdisciplinarité et la diachronie, une approche de ces questions.


Du 17 au 22 septembre
« L’économie de la connaissance et ses territoires »
De la déclaration de Lisbonne aux schémas régionaux ou locaux de développement économique, la référence à l’ « économie de la connaissance » est désormais omniprésente. Derrière l’effet de mode, et l’affirmation de secteurs stratégiques pour les économies occidentales (éducation, recherche, innovation, services, culture, industries créatives, internet), elle renvoie à des mutations dans les manières d’innover, de produire et d’échanger qui concernent l’ensemble de notre économie et de notre société.
En un sens, toutes les économies du passé ont été des économies de la connaissance. Aujourd’hui, toutefois, les circuits de plus en plus courts entre production scientifique et marchés, la montée du capital dit "intangible", l’explosion de la connectivité permise par l’internet induisent des changements structurels dont le colloque explorera les multiples facettes.
Il réunira pour cela des chercheurs, des observateurs, mais aussi des praticiens, des entrepreneurs, des acteurs sociaux et politiques mobilisés par l’émergence de ce monde nouveau. Il mettra en débat des analyses et des expériences relatives à quatre grandes tendances :
- l’évolution des relations entre sciences, techniques et marché ;
- l’émergence de formes radicalement nouvelles d’organisation du travail et de la production (innovation ouverte, production distribuée) ;
- le rôle des territoires et des réseaux interterritoriaux dans la production et la circulation des connaissances ;
- les nouveaux régimes de propriété et les modèles d’affaires de l’Internet.


Du 24 au 27 septembre
« L’abbé de Saint-Pierre : perspectives contemporaines »
A un moment où le contenu, non seulement de la construction européenne, mais aussi des organisations internationales, les notions d’intérêt public, d’impuissance du politique et jusqu'au sens du mot réforme sont en débat, le 350e anniversaire de la naissance de l’abbé Castel de Saint-Pierre (1658-1743), homme de lettres des Lumières issu de la noblesse du Cotentin, fournit l’occasion de reconsidérer l’ensemble d’une œuvre souvent réduite au seul Projet de Paix perpétuelle. Les études de ces dernières décennies (sur les origines de la pensée quantitative, de l’économie politique et de la démographie, du courant utilitariste, sur le mouvement d’opposition à Louis XIV dans le sillage de Fénelon, sur le club de l’Entresol, sur la crise des valeurs aristocratiques, sur les débats autour des idées de considération et de grandeur politique, les projets d’éducation) révèlent la cohérence d’une pensée qui se montre novatrice, audacieuse et anticipatrice dans bien des domaines.
L’œuvre de l’abbé de Saint-Pierre, si on la replace dans un contexte intellectuel où se mêlent pensée critique et désir de réforme, exige une approche résolument interdisciplinaire et internationale, afin que son unité apparaisse dans ses dimensions politique, philosophique, économique, juridique, linguistique et littéraire. Des traditions académiques diverses permettent de confronter différentes visions d’un auteur qui semble à certains égards susciter autant d’intérêt chez les chercheurs étrangers que dans son propre pays.


Du 29 septembre au 3 octobre
« Représentations du Mont et de l’archange
saint Michel dans la littérature et les arts »

L’archange saint Michel a été, depuis les origines du christianisme, l’objet d’un culte vivant dont témoignent à la fois les nombreux sanctuaires qui lui sont dédiés et la richesse de ses représentations iconographiques. La dévotion envers l’archange, apparue très tôt en Orient, s’est répandue rapidement en Occident à partir du Vème siècle, en suscitant la fondation de grands sanctuaires comme ceux du Mont Gargan en Italie du Sud, du Mont Tombe en Normandie et de la Sacra di Val di Susa en Piémont. Les pèlerins y venaient nombreux pour solliciter l’aide et la protection de celui qu’ils considéraient comme le Messager du Très Haut et un dignitaire de la Cour céleste.
De nombreuses études ont déjà fait l’inventaire des représentations iconographiques, dont la variété se manifeste autant dans la statuaire et la peinture que dans l’enluminure et le vitrail: saint Michel est le plus souvent représenté, conformément à la tradition biblique, soit comme un prince de la Cour céleste en tenue d’apparat, soit comme l’Ange qui conduit les âmes au Jugement dernier, soit comme le combattant céleste qui terrasse le Dragon et les ennemis du Bien.
Organisé à l'occasion du XIIIe centenaire de la fondation du premier sanctuaire dédié à saint Michel sur le Mont Tombe en Normandie (708-2008), ce colloque international, qui se tiendra à Cerisy et au Mont Saint-Michel, prendra en compte non seulement l’iconographie traditionnelle de l’archange et du Mont, mais également les images qui se dégagent de la lecture des textes liturgiques, historiques ou hagiographiques ainsi que de tous les autres documents qui s’y réfèrent. L'on s’attachera à rechercher les raisons qui ont conduit les artistes à proposer des représentations nouvelles de l’archange et du Mont et à montrer comment celles-ci ont évolué sous l’influence des changements intervenus dans l’idéologie des pouvoirs, la sensibilité des fidèles et les attentes de la société.

Renseignements au 02 33 46 91 66.
Centre culturel international de Cerisy-la-salle
50210 Cerisy-la-salle
www.ccic-cerisy.asso.fr